13 mars 2015

prise de son : déboires et expérimentations

Depuis bientôt 5 ans le BreizhJUG met en ligne les vidéos des conférences que nous avons organisées. Après nos débuts sur google video (RIP), les plus récentes sont disponibles sur notre channel youtube - abonnez vous d'ailleurs, d'une part pour ne pas en rater une seule, d'autre part pour qu'on puisse obtenir une URL personnalisée :P

Notre matos a pas mal évolué, avec quelques mauvaises surprises.  

2008 : Les débuts
Nous avons commencé avec un caméscope grand public et son micro intégré. Ca donne ça (oh putain, ce que j'ai vieilli !). 



La qualité d'image est dégueulasse, car à l'époque nous voulions mettre les vidéos sur Parleys.com, ce qui a pour contrainte une taille max de 300Mb, et pour 90' de vidéo le codec peut être aussi bon qu'il veut, ça charcute. Depuis parleys accepte les vidéos Youtube, on peut donc faire du HD 720 en 50p  de 1Gb - faut juste poireauter des heures pour l'upload :) 

Ceci dit, si vous regarder des vidéos techniques sur le Net, typiquement des webinars, je pense que vous serez d'accord pour dire que la qualité de la vidéo n'est pas un réel soucis, à part quand on regarde du live coding avec une police pas assez grande. Par contre, si le son est moyen - surtout si on suit une session en anglais - c'est vite désagréable.

Le cinéma l'a d'ailleurs très bien compris, dans un film la qualité de l'image peut ne pas être fantastique sans que ce soit un problème (voir les films tournés caméra au poing), par contre si la bande son n'est pas au top le spectateur décroche très vite.

Question son, on a d'ailleurs pas mal souffert : par exemple quand on nous a prêté généreusement une salle de conférence, équipée avec du matos pro qui a du être facturé un tarif exorbitant par la boite qui a monté l'installation, et que le micro sans fil déconne et tombe en rade de piles après 10 minutes, et que l'ampli ronfle en continu ...

Bref, le son c'est le nerf de la guerre. Les youtubers l'ont d'ailleurs bien compris, et les stars du Net ont tous du bon matos pour éviter l'effet salle de bain. 

Défauts
Petit tour des défauts de cette vidéo :

  • Bruit de fond. on entend un ronflement permanent. Nous avions un camescope a disque dur, dont le vrombissement était capté par le micro intégré. Il existe des filtres pour réduire ce type de bruit, mais ils sont assez compliqués à bien utiliser sans dégrader le son principal et c'est tout de même plus sain d'avoir une bande son originale de bonne qualité ...





  • Effet "salle de bain". la combinaison d'une raisonnance assez importante et d'un déséquilibre dans le rendu des fréquences donne la même impression que quand on chante sous la douche. Pour atténuer la raisonnance il faut placer le micro très proche du sujet. Pour équilibrer les fréquences ... il faut un bon micro - et ça dépend de ce qu'on veut capter : voix, chant, instruments, percussions. Les gammes de micro pro laissent rêveur.
  • Saturation. ce n'est pas trop le cas sur cette vidéo mais ça a souvent été un problème. Les caméscope grand public ajustent automatiquement la sensibilité de leur micro au son capté. Sauf bien sur qu'après un moment de silence, on peut avoir de mauvaises surprises.
  • Bruit ambiant. on entend des portes, des sirènes dans la rue, des windows qui démarrent, les commentaires du gars assis juste à côté ... C'est un point délicat car cela dénature la qualité du son, mais en même temps pour rendre la vidéo vivante le son d'ambiance est important : rires du public, questions, etc. C'est souvent ce qui manque d'ailleurs dans les vidéos des grandes conférences où on a juste le son du micro speaker.
En résumé : ingénieur du son c'est un métier ...


2009 : un canon et un serre tête
Nous avons utilisé un micro canon pour amélioré la qualité de la prise de son. C'est une solution simple et souvent utilisée par les équipes de reportage pour isoler le son de la personne filmée.

Nous avions au départ un micro Sony adapté à la griffe propriétaire du camescope. Ca a apporté un progrès sans régler le problème de fond.

J'ai appris depuis que les modèles pro et semi-pro sont montés sur des support élastiques pour éliminer tout bruit mécanique lié à la caméra, quand il ne sont pas déportés sur une perche (le fameux perchman du cinéma) pour se placer au plus près du sujet. Ne vous faites pas trop d'illusion sur les "super-canon". Leur but n'est pas de faire téléobjectif, mais de capter le son avec une très forte directivité. Il faudra donc les placer à proximité du speaker quoi qu'il arrive.

Nous avons aussi acheté nos propres micros sans fil dont un serre-tête pour ne plus dépendre du matériel de la salle de conférence. C'est la piste son à privilégier vu qu'elle est prise au plus proche de la source. Par contre, il ne faut pas chercher à radiner, un bon micro et un système RF fiable ça douille. Nous avions en fait acheté un système pas cher, et eu les mêmes déboires que le ParisJUG qui avait les même. Ils ont fini à la déchèterie.


2010 : un sony
Entre temps, changement de camescope pour un Sony HDR CX740, dont je croyais très naïvement que la griffe serait la même que sur notre précédent Sony. L'image est plutôt propre même dans la lumière souvent difficile des salles de conférence. Il dispos aussi d'une prise jack pour un micro externe. 

(parenthèse
Je vous l'ai dit la qualité de l'image n'est pas forcément cruciale, ce n'est pas une raison pour faire n'importe quoi. J'ai vu des conférences tournées avec une GoPro. C'est sans doute super pour filmer ses descente à ski en pleine lumière, mais dans une salle éclairée aux néons, avec un objectif de 2mm qui en plus fait fisheye faut arrêter de se la raconter avec des "ça fait du 4k" - le capteur ne reçoit pas assez de lumière pour fournir une image correcte.


Tiens d'ailleurs, filmer l'écran c'est aussi un problème. Mais bon je m'égare, j'en parlerais dans un prochain billet !
/parenthèse)

Dans les accessoires Sony il y a également un très intéressant micro bluetooth, qu'on place près du speaker. Nous l'avons utilisé pendant 2 ans et c'est une très bonne solution. Le son n'est pas parfait, mais au moins on évite tous les autres soucis liés au caméscope. Globalement la qualité est meilleure. Bon par contre il faut avoir le caméscope qui va avec.

Par contre attention à la consommation de piles, on a déjà perdu la moitié d'une conf à cause de ça :'(
Je l'utilise toujours aujourd'hui d'une part en backup et pour avoir une piste son de référence sur le camescope.

2014 : quelques déboires

Nous avons acheté un Rode VideoMic qui est pas très cher et de bonne qualité audio, par contre il utilise une sortie jack - pratique pour brancher directement sur un camescope grand public, mais ... 

... la prise jack du camescope crée un ronflement terrible, que j'ai eu bien du mal a limiter sur les vidéos de la conf Docker


J'ai essayé plusieurs cables, micros, etc avant d'apprendre sur un forum que c'était un soucis électronique sur certains modèles Sony lié au "plug in power" sur la prise :'(

Bref j'ai vite compris pourquoi les pros enregistrent l'audio indépendamment de l'image... si c'est pratique d'avoir une référence son sur la vidéo pour le montage (à moins d'avoir réglé les timecodes), les appareil de capture audio dédiés sont bien plus efficaces. 

2015 : zoom
Place donc à du matos d'enregistrement audio. J'ai investi dans un zoom H5, qui ne coute d'ailleurs pas très cher et est très compact donc utilisable dans tout un tas de configurations. Zoom c'est la référence qu'on retrouve partout, depuis le succès du modèle H4 écrasant toute la concurrence.

Le H5 dispose de deux micros "en X" ce qui permet d'avoir la stéréo. On le place devant le speaker et hop, on a une piste son de très bonne qualité. Le Zoom enregistre une seconde piste de "backup" à -12Db. En effet, quand on fait venir un Horacio pour une session au JUG avec sa voix puissante (et son accent terrible) et qu'en plus il bouge tout le temps, le micro sature parfois.

Il aurait fallu en principe que je surveille le niveau de capture - voir plus bas - mais cette seconde piste m'a du coup bien aidé !

Le H5 dispose aussi de deux entrées XLR/Jack. Pour le BreizhCamp 2015 je vais sans doute retenir cette configuration :
  • micro BlueTooth en backup et syncro
  • micros en X du H5
  • piste backup -12db
  • Rode pour le son d'ambiance de la salle / questions
  • serre tête speaker en piste de référence


Un point important que je n'ai pas précisé, c'est qu'une bonne capture son n'est possible que si on la surveille. Jeudi soir avec Horacio j'aurais du contrôler les niveaux du H5 et constaté qu'il était en limite de saturation, et ajuster le niveau. La piste backup n'est sensée servir qu'en cas de sur-volume imprévu. Ca veut dire : casque audio, ou au moins une oreillette.

(parenthèse
Au passage, un petit piège à con :

Le Rode videomic est un micro simple, monophonique - comme quasi tous les micros. Il a cependant une prise jack stéréo. Rode à fait ce choix (sic) et envoie donc le même signal audio en R+L - c'est sans doute plus simple pour se brancher à un caméscope ou DSLR. 

La connectique XLR est conçue pour transporter des signaux analogiques avec peu de perturbation, via un signal symétrique. En gros, on envoie le signal d'un côté, et le signal en opposition de phase de l'autre. Les deux signaux seront perturbés de la même manière par d'éventuels parasites, il "suffit" donc de les inverser + additionner pour supprimer le parasite. Ca existe aussi en mode asymétrique mais dans ce cas ça n'est que de la poudre aux yeux pour avoir l'air pro avec une grosse prise bien costaud, mais autant mettre un bon vieux Jack/RCA.

Rode fournit un adaptateur Jack-XLR, sauf que celui ci évidemment n'est pas actif et envoie donc un signal R+L identique au lieu d'un signal symétrique. donc Son + -1*Son = 0 - le zoom enregistre une piste muette. 

Y'a peut être une option, j'ai pas cherché. Sinon il faut juste un bon vieil adaptateur mini-Jack > 6.35mm car le Zoom à une prise double-standards.
/parenthèse)

Montage
Pour le montage, après des années sous Première, j'utilise aujourd'hui Final Cut Pro (avec une vraie license). Avec plusieurs pistes son évidemment ça complique un peu. Idéalement il faudrait utiliser les timecode mais j'avoue ne pas avoir encore regardé et ce n'est pas sur que le caméscope - un modèle grand public - les supporte. L'astuce du "clap" reste le plus simple, un pic est facilement identifiable sur la piste son, il n'y a plus qu'à les aligner. Ceci dit je débute en montage vidéo donc y'a encore plein d'axes d'amélioration en "post-production".




Conclusion
La prise de son, c'est compliqué si on veut obtenir de la qualité - c'est même un métier :P
Avec du matos dédié et sans se ruiner on arrive à des résultats très corrects, le tout est de préparer son affaire, car les surprises ne manquent pas, et de surveiller ce qui se passe pendant l'enregistrement.








2 commentaires:

Frédéric Camblor a dit…

Un énorme merci Nicolas, je pense que tu viens de nous faire gagner énormément de temps, d'argent et de connaissance pour BDX I/O 2015 !

C'est pas du tout mon domaine, du coup, pas hyper motivé pour me plonger dedans ... ce REX va beaucoup nous servir, un grand merci !

Nicolas De Loof a dit…

De rien, c'est 700€ la consultation.